L’article scientifique, paru dans la revue Biological Conservation, se base sur des données chiffrées officielles, récoltées entre 2015 et 2022. L’étude de ces chiffres met en évidence plusieurs constats alarmants concernant la gestion des ESOD (Espèces susceptibles d’occasionner des dégâts – pour les activités humaines notamment dans le domaine agricole -) en France : La gestion actuelle des ESOD est principalement mise en œuvre à travers des actions de destruction : piégeage létale ou non létal, tirs, déterrage, etc. Les quotas sont fixés en lien avec les dégâts déclarés, et chaque département prend les mesures qu’il souhaite de manière indépendante. D’ailleurs on constate de ce fait parfois d’énormes disparités entre départements, ne serait-ce que sur la liste de ces espèces classées « nuisibles ». Pour un bénéfice visiblement quasi inexistant ; l’étude démontre en effet qu’en plus de coûter très cher, ce massacre est inefficace pour traiter la problématique de fond. Des constats qui amènent à réfléchir et remettent en questions l’existence même de cette liste de ‘nuisibles’.
Les espèces inscrites sur la liste officielle des ESOD sont diverses. On y retrouve des mammifères, comme le Renard roux (Vulpes vulpes), la Marte des pins (Martes martes), la Fouine (Martes foina) ou encore la Belette (Mustela nivalis), mais également des oiseaux, notamment des corvidés tels que la Corneille noire (Corvus corone), le Corbeau freux (Corvus frugilegus), la Pie bavarde (Pica pica), ainsi que le Geai des chênes (Garrulus glandarius) et l’Etourneau sansonnet (Sturnus vulgaris). Bien que leur classement en fasse toutes des espèces chassables, elles sont à distinguer des espèces exotiques envahissantes (invasives) comme le Ragondin, la Tortue de Floride ou encore les écrevisses américaines, qui elles (les EEE) causent des dégâts à la fois aux infrastructures anthropiques mais également à la biodiversité locale et aux écosystèmes. Malheureusement cela reste très rare et malgré les combat associatifs, les initiatives citoyennes et les études scientifiques démontrant un non sens, certaines espèces demeurent irrévocablement classées ESOD, souvent à la demande de minoritées lobbystes et avec l’argument unique du coût de leur dégâts. Un non sens financier (entre autre) désormais démontré par l’étude objet de cet article. Parmi les plus édifiants, on peut citer le cas du Renard roux qui est quasiment le symbole des ‘nuisibles’ en France. Début avril 2026, la commission du développement durable et de l’aménagement du territoire, qui rassemble les député·es spécialisé·es des questions environnementales à l’Assemblée nationale, a rejeté l’étude d’une pétition citoyenne qui visait à réétudier le classement du renard en tant qu’ESOD et de ce fait son massacre par dizaines de milliers chaque année. Aucun débat n’aura lieu. Une nouvelle négation de la biodiversité et du vivant au sein de l’hémicycle qui ne présage rien de très positif pour l’avenir de la prise en compte de l’environnement en France…
En France, la gestion des ESOD coûte huit fois plus cher que les dégâts qu’ils causent !
C’est la conclusion de l’étude sortie en ce début de mois mars 2026 : une étude inédite commandée par le gouvernement français et mené par un chercheur du Muséum d’Histoire Naturelle.
La plus édifiante est sans doute celle du coût financier des mesures : la régulation pratiquée sur les espèces concernées par ce classement nécessite une dépense annuelle de 103 à 123 millions d’euros à l’Etat, contre un coût d’indemnisation des dégâts déclaré entre 3 et 23 millions, soit 8 fois moins.
Chaque année en France, ce sont 1.7 millions d’animaux classés ESOD qui sont tués.
Une liste peu évolutive
La révision de la liste des ESOD, qui a lieu tous les 3 ans, permet parfois d’en faire sortir une ou plusieurs espèces. Cela a été le cas du Putois d’Europe, retiré à échelle nationale lors de la dernière révision.
Photos © Christian ROUSSELLE
